Archives Mensuelles: mai 2013

Adieu

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Tu as rejoint les anges cette nuit, passant du sommeil à l’éternité. Je me plais à croire que tu n’as pas souffert.
Cette saloperie de crabe te tient compagnie depuis si longtemps qu’on aurait pu l’oublier.
Mais le crabe est une pute, c’est bien connu.

Depuis plusieurs mois, il a pris le pas sur toi, il a pris le dessus sur ton quotidien, sur votre vie, sur notre histoire.

Je voudrais hurler à l’injustice, crier que la vie elle aussi est une pute, que tu es parti trop tôt.
Mais tu étais âgé, malade, et l’issue était inévitable.
Je ne peux même pas me raccrocher à ça pour asseoir mon chagrin.

Je ne pleure pas mon avenir sans toi, parce que la vie est ainsi faite qu’on est toujours plus ou moins préparé à perdre nos anciens. Les grands parents ne sont pas faits pour nous survivre, c’est dans la logique des choses. La vie, la mort.
Aujourd’hui, je pleure mon passé, mes souvenirs d’enfant.
Tu pars et c’est mon passé qui s’effondre.
Tu pars et j’ai peur de perdre ceux qui sont encore là.
Tu pars et je pleure pour TiMémé qui va devoir continuer cette route sans toi.
Je pleure parce que la mort des proches nous renvoie toujours aux cruelles banalités : la vie est trop courte, on ne vit qu’une fois, on est si peu de choses, blablabla. Blablabla, oui. Et merde.

Merde, parce que c’est trop vrai.
Aucun de nous n’est immortel, et on vit pourtant comme si on l’était. On repousse au lendemain, on reporte, on se fait la guerre, on se chamaille pour un pot de confiture mal refermé, pour une chaussette orpheline, pour une couche mal attachée, dix minutes de retard, un goûter pas assez équilibré… Alors qu’on devrait bénir chaque jour de se réveiller aux côtés de la personne qu’on aime, de devoir se relever 5 fois pour border le petit dernier, répéter encore et encore à l’aîné, alors qu’on devrait être reconnaissant que l’être aimé rentre chaque soir à la maison, alors qu’on devrait fêter la vie, tout simplement.

Oui, c’est un gros cliché. Mais il est si vrai. Il me parle tant.

Je ne sais pas grand chose de ta vie à toi, de ta vie d’homme, de ta vie de père.
Je voudrais te rendre hommage mais je ne sais quoi dire.
Je ne connais de toi que ces vacances au camping, où TiMémé nous mitonnait des plats improbables sous le auvent, que tes blagues parfois graveleuses auxquelles ont riait sans les comprendre.
Je ne connais de toi que cet amour inconditionnel que vous nous portiez à tous les quatre, sans jamais faire la moindre distinction entre les « vrais » petits enfants et les autres.
Je ne connais de toi que ces anecdotes du passé, comme la fois où tu as appris à marcher à mon frère sur une palette, celle où tu lui as appris à sauter dans les flaques en criant « Padalo ! », comme la fameuse « Caïonnette à Pépé », ou comme le titre de Barbelivien qui passait en boucle dans ta voiture et qu’on avait remasterisé pour toi, au grand désespoir de TiMémé…

Je ne connais que cette douleur qui m’habite à l’idée que tu ne seras plus là.
Je ne connais que cette peur pour elle, qui devra affronter seule cette vie que vous aviez traversée main dans la main, elle qui a été ta femme, la mère de ton fils, ton infirmière, ton bras valide, ton pilier, ton soutien.

Je ne sais pas en revanche où les anges que tu as suivis t’ont amené. J’espère juste que tu es bien.
J’espère que dans ton dernier sommeil, si tu as vu ta vie défiler comme on le prétend, tu as aimé ce que tu as vu.
Sache que tu survivras dans mes souvenirs, et que je veillerai à les raviver encore et toujours. Que mon petit dernier, comme son grand frère, apprendra lui aussi à sauter dans les flaques en criant « Padalo ».
Et que même si je n’ai jamais pris le temps de te le présenter, parce que le quotidien, parce que la vie, parce que le manque de temps, parce que merde, parce que je regrette, parce que je m’en veux, il entendra parler de toi au même titre que de ses trois autres grands pères.

Je t’aime. Je ne suis pas de ton sang, mais tu es de mon coeur.
Et même si mes oreilles doivent saigner, j’écouterai Didier Barbelivien en pensant à toi ce soir.
Adieu TiPépé, et bonne route. Que les anges te gardent.

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Tu seras une mère

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Si tu peux voir détruites tes heures de ménage
Et sans noyer personne t’y remettre encore et encore,
Ou perdre chaque mois le gain de ton labeur en frais de couches, de garde, et autre joyeusetés,
Sans céder à l’ovariectomie maison;

Si tu peux être amante après avoir nettoyé du vomi,
Si tu peux être forte sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant incomprise sans jamais cesser de comprendre,
Pourtant chérir et soutenir toujours ;

Si tu peux supporter de parler dans le vide,
Répétant mille fois les mêmes choses en vain,
Et t’entendre dire que tu es « vraiment, mais vraiment trop énervante »
Sans jamais laisser sortir les douceurs qui se bousculent à tes lèvres;

Si tu peux rester digne avec de la purée dans les cheveux,
Si tu peux être belle avec des cernes jusqu’au milieu des joues,
Et si tu peux regarder Tchoupi un dimanche pluvieux
Sans jeter ta télé par la fenêtre;

Si tu sais écouter ce qui n’est pas dit
Sans jamais te cacher derrière le silence,
Inventer des histoires pour faire rêver tes rêveurs,
Panser les bobos et guérir les chagrins sans jamais les nier ;

Si tu peux être dure parfois tout en étant juste toujours,
Si tu peux affronter les éléments pour sauver Buzz l’éclair oublié dans la pelouse,
Si tu sais être douce et ferme,
Sans être ni maître ni tyran,

Si tu peux rencontrer Boulot après NuitBlanche,
Et ne jamais refuser un câlin,
Si tu peux conserver ton humour
En sortant une couche pleine de ton sac à main,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras une mère comme les autres.

Libre interprétation de Tu seras un Homme, mon fils de Rudyard Kipling

 

x-maman-heros

Ne me quitte pas, tout peut s’oublier…

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Mon cher périnée,

J’ai bien reçu ton message d’hier soir m’annonçant ton intention de me quitter.

Ça m’a beaucoup peinée comme tu t’en doutes. Toi et moi, ça fait un moment maintenant, et on a traversé tellement de choses…

En revanche, laisse moi te dire que tu aurais pu trouver un meilleur moment que la 5ème minute du concert des Cowboys Fringants… Je t’avoue que je ne m’y attendais pas lorsque je me suis mise à sauter sur place en hurlant quand les premières notes de ma chanson préférée ont retenti…

Si tu es d’accord, on pourrait se laisser une dernière chance, toi et moi? Je sais que j’ai tous les torts dans cette affaire, et qu’après deux grossesses, deux accouchements, tu aurais sans doute apprécié que je prenne soin de toi.
On parle beaucoup des difficultés pour les couples de se retrouver après ça, mais on évoque peu le cas des périnées qui se sentent délaissés… Je m’en veux beaucoup, tu sais.
Enfin, c’est à toi que j’en ai voulu hier quand j’ai été stoppée net dans mon hystérie par une menace imminente d’inondation. Si j’osais, je qualifierais ton abandon de poste soudain d’acte terroriste.

Mais sache qu’à part me forcer à la plus grande vigilance avant de scander le refrain des Étoiles Filantes à m’en faire péter les cordes vocales, ou me contraindre à sauter sur place avec les cuisses plus serrées que celles d’une candidate au couvent, tu n’as pas gâché ma soirée.

Cette anticipation forcée des moindres débordements m’a même permis de me livrer à une petite étude sociologique :

– à 31 ans, tu peux être classée dans les « vieux ». J’ignorais que mes goûts musicaux étaient partagés principalement par des personnes n’ayant même pas le droit de regarder certains films…

– les poum-poum shorts ne devraient pas être fabriqués en taille 54, c’est trop cruel!

– les slims savamment déchirés des hanches aux chevilles  et rapiécés avec de la résille non plus. Ils ne devraient même pas être fabriqués du tout, d’ailleurs. (POURQUOI MON DIEU, POURQUOI???)

-l’équation une pente+un tapis feutré+un boulet n’appelle qu’une seule solution…

Ceci étant, tu voulais que je fasse plus attention à toi, j’en ai pris bonne note. Et tu remarqueras que toutes mes pensées ont été tournées vers toi dès la réception de ton message.

Pour me faire pardonner, je te propose de se prévoir des moments privilégiés rien que toi et moi, pour fuir un peu ce quotidiens faits d’éternuements risqués et de fous rire sous contrôle, en remplaçant les séances de touche pipi avec une sage-femme par des boules de geisha, ok? Tu vois à quel point je suis prête à tout pour sauver notre relation!

Je te laisse, j’ai une lessive à faire…..

XOXO

Ps : refais-moi un coup pareil encore une seule fois, et je te claque un troisième accouchement !

T'inquiète, lui aussi a contribué à l'humidité de ma lingerie.

T’inquiète, lui aussi a contribué à l’humidité de ma lingerie.

Isabelle? (lolilolage inside)

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Dans la vie, il y a plusieurs catégories de personnes.

Il y a les « blonds », ceux qui peuvent manger un sandwich salade/tomates/mayo avec classe, qui slaloment comme des dieux sur les pistes de ski, j’en passe et des meilleures.
Si tu fais partie de ces gens là, je t’invite à t’enfuir très très vite. Je HAIS les gens comme toi.

Ensuite, il y a ce qu’on appelle communément les boulets.
Mais attention! Il y a boulet et boulet. Ne mélangeons pas les Bic et les Mont-Blanc !
On connaît tous des gentils boulets, de ceux qui font rire par devant, et hausser les yeux dès qu’ils tournent le dos, tellement ils sont improbables dans leur boulettitude.
Mais connais-tu ceux qui combinent la boulettitude et la poisse? Les Pierre Richard, quoi. Ceux qui ont dû faire des trucs sacrément crades dans une autre vie, pour avoir un aussi mauvais karma.

Welcome!

Etre un boulet, ça se travaille, il ne faut jamais relâcher ses efforts, et le monde entier (oui, oui!) t’attend au tournant.
Tu te dois toutefois d’etre un Pierre Richard, mais avec classe. Ou au moins de l’originalité. Et ça, ca n’est pas donné à tout le monde.
Les émissions intellectuelles adeptes du reflechissage (Rires et Chansons) et les journaux à vocation polemico-politiques (Grazia) n’ont jamais eu le cran d’aborder ce sujet.
Mais ici, on vous dit tout.

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur les boulets….

[Les témoignages suivants sont inspirés de faits réels. Néanmoins, toute ressemblance avec une personne de votre entourage serait purement démentie par la rédaction]

Tu veux savoir si tu es un boulet? Trop fac’, comme dirait Kiki. Tu lis les exemples suivants, et si tu te reconnais un tant soit peu dans au moins une des anecdotes, je suis vraiment désolée pour toi.
Passe au secrétariat en sortant, on te remettra ta Carte de membre.
* Tu sors du boulot, tu entend ton RER arriver, tu t’apprêtes a dévaler gracieusement la volée de marches (33. L’âge du Christ. Coïncidence? Je n’crois pas) sur tes petits talons pouffiassiers à souhait.
C’était sans compter les deux lascars qui jouent à qui aura à la plus grosse, juste en haut des marches.
Un grand geste juste quand tu passes et te voilà en bas.
La tête la première, la jupe sur la tête, les genoux en miette. Pirouette, cacahuète, gentille alouette.

Bilan : une entorse à chaque genou, une foulure du poignet, deux mois de canapé, le double de rééducation. Des partiels ratés, une période d’essai non renouvelée.

Mais j’ai eu mon RER.

* 15h, au boulot, tu as comme une petite dalle. Tu montes chercher un café et une canette pour tromper ton bide qui te réclame un KitKat ET un Bounty. Tu prends l’ascenseur pour redescendre, vu que tu as les mains prises, et que bizarrement, tu n’es pas fan des escaliers, on se demande pourquoi.
L’ascenseur s’arrête, perdue dans tes pensées, tu te crois arrivée, tu sors, tu bouscules la personne qui voulait monter.
Choc nichons contre nichons, tu rebondis (ouais, elle en avait des gros) et repars en arrière, tu bafouilles des excuses, ta canette se sauve de ta main droite, se poque sur le sol. Tu te dis que tu as du bol qu’elle n’ait pas explosé, tu te baisses pour la ramasser, ta main gauche suit le mouvement, c’est celle qui tenait ton café. VDM.

*Un autre jour, une autre heure, le même ascenseur. Une nana monte, échange poli de « Bonjour », silence. Tu te plonges dans l’affiche 4*3 qui est devant toi et qui vante les mérites du nouveau logiciel de paie qui sera en production dans 58 jours.
La nana sort et te souhaite une bonne journée. A fond dans ta lecture, tu lèves à peine les yeux pour lui répondre « Assurance Maladie! »

La prochaine fois, je checkerai mon Facebook, et au pire, je lui répondrai LOL. Ou DTC.

* Ton bébé vient de prendre sa ptite tétée de 13h13, tu es contente, tu peux espérer être tranquille pendant les 53 prochaines secondes minutes.
C’est le moment que choisit ton voisin pour venir te demander un truc. Vu sa tête quand tu lui as ouvert avec le boobs au vent, sa question ne portait pas sur ta taille de soutif. Ni sur l’avantage niveau circulation sanguine de garder un nichon à la fraîche quand l’autre est bien au chaud dans ton soutif Daxon.

* La mauvaise période du mois pourrait passer inaperçue chez toi si tu arrêtais de faire ton excentrique, que tu mettais des protections classiques et que tu avais une poubelle dans tes ouas-ouas. Mais quand tu utilises une cup, et que tu sors des ouas-ouas avec l’objet du délit à la main pendant qu’un (autre) voisin est en train de toquer, ça la fout mal.

* Enceinte, rendez-vous à l’hôpital, tu attends le bus. Du mauvais côté de la rue, ça va de soi. C’pas comme si tu faisais ce trajet une fois par mois depuis six mois.
Ton bus arrive, tu traverses la route. Enfin, tu penses traverser la route. En vrai, tu descends du trottoir, ta cheville se retourne, vous vous affalez au milieu de la chaussée, toi et ton gros bide.
Cheville cassée. Deux derniers mois de grossesse en fauteuil roulant.
TOUT VA BIEN.

* Sortie du lycée, heure de pointe, quai bondé, tu attends le train qui doit te ramener dans ta brousse.
Le train arrive, et va savoir ce qui te passe par la tête, tu cours sur le quai.
Évidemment, tu te ramasses la tronche de façon spectaculaire, ton menton roule une pelle langoureuse et ensanglantée au bitume, tandis que ton sac à dos te percute l’arrière du crâne, au cas où tu aurais eu l’espoir de relever la tête pour limiter la casse. Si tu avais eu un peu de bol dans l’histoire, les palettes qui te servent d’incisives auraient été limées dans ce corps à quai. Même pas.
Évidemment, tout le monde s’est payé ta tête. Et celle qui riait si fort qu’elle en pleurait, c’est ta mère, qui prenait le train un arrêt avant toi.

Il ne restait donc qu’à se relever en simulant des douleurs terribles, pour susciter la pitié.

Voilà, tu sais tout.

Le personnage de Pierre Richard a été inspiré par ma vie.

Je te laisse, j’ai hâte de savoir ce qu’il va m’arriver sur le chemin entre mon PC et mon lit !