Archives Mensuelles: septembre 2013

Le trou noir

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C’est arrivé de façon pernicieuse.
Une période un peu difficile à la maison, assortie d’un manque de sommeil. Et puis, la crise à la maison est passée.
J’ai de nouveau dormi. Mais CA n’est pas passé.

J’étais toujours aussi agacée pour un rien. Au bord de la crise de nerf en permanence, au bord des larmes à chaque instant. Au bord du précipice, toujours.

Il aura fallu un moment pour comprendre ce qui était en train de se passer.

Je me couchais chaque soir en repassant le fil de ma journée et en me maudissant d’avoir crié, hurlé même, d’avoir été désagréable, irritée, impatiente. Dans le calme de ma couette, je me promettais de changer ça, dès demain. De m’excuser et de ne surtout plus recommencer.
Oui, c’est ce que j’allais faire! Retrouver mon calme et mon sourire, mon entrain, nos jeux et nos moments tous doux.

Le lendemain me trouvait épuisée, lasse de cette journée qui n’avait pas encore commencé.
Le soir venu, j’oubliais même avoir pensé à toutes ces bonnes résolutions, et le cercle infernal recommençait. Des cris à la moindre occasion, des hurlements, des mots durs, des pensées déplacées, des larmes.
Et je me couchais à nouveau, me repassais le film, m’invectivais, pleurais, me promettais de prendre sur moi dès le lendemain, à la première heure.

CA a continué comme ça pendant quelques temps. Trop longtemps. Chaque soir, je me maudissais un peu plus, en arrivant à détester cette personne qui rendait mes enfants malheureux.

Et je ne sais plus comment j’en suis arrivée à en parler. Un soir, les mots sont sortis au cours d’une discussion anodine. Ils sont sortis tous seuls, simplement : ras le bol, marre, épuisée, à bout de forces et de nerfs.
TROP.. Trop de tout. Trop des enfants, trop de la maison, trop du boulot, trop de la route.
Au fur et à mesure qu’ils sortaient, je me ratatinais comme un ballon vidé de son air. La pression est retombée d’un coup, et les larmes sont sorties. Pas les larmes de rage et d’impuissance que j’avais sous ma couette devant l’image que je me renvoyais. Des larmes d’épuisement, de soulagement d’avoir enfin compris ce qui n’allait pas, d’incompréhension d’être aussi mal alors que j’ai tout pour être heureuse. Des larmes de gratitude quand mon amoureux, au lieu de me juger comme je le craignais, s’est assis près de moi, m’a ouvert ses bras et m’a laissée vider tout ça sur son épaule. Des larmes d’espoir quand il m’a demandé ce qu’on pouvait faire pour que j’aille mieux.

On a convenu ensemble que j’avais besoin de faire une pause.
Louer mes gosses sur Leboncoin pendant une semaine aurait été mal perçu par les services sociaux, alors j’ai décidé de faire pause sur la maison. Pause sur la bouffe, pause sur le ménage, pause sur toutes ces corvées du quotidien, pour me retrouver, retrouver mes enfants, ma famille, me retrouver en tant que mère.

Rapidement, les résultats se sont faits voir. J’étais toujours aussi lasse chaque matin, toujours aussi épuisée, toujours aussi dubitative devant la vanité de ce quotidien où je ne fais que courir toujours, sans même savoir après quoi.
Mais j’ai cessé de répercuter CA sur les enfants. J’ai de nouveau ri de voir le Zébie se renverser un bol sur la tête. J’ai de nouveau lu des histoires à mon Kiki avec plaisir, observé ses progrès avec admiration, répondu avec patience à ses questions abracabrantesques.

Et peu à peu, j’ai puisé dans tout cet amour, dans tous ces petits moments, l’énergie qui me manquait.
Un matin, je me suis levée moins fatiguée. Le lendemain, encore un peu moins. Jusqu’à me retrouver complètement.

Je crois qu’on appelle ça un burn-out. Je ne m’explique toujours pas ce qui m’a fait sombrer dans ce trou noir, alors que je n’ai que deux enfants, qui sont globalement adorables, que j’aimais mon job, et que mon heure et demie de route quotidienne me permet surtout d’écouter ma musique préférée à fond, de faire la coupure avant de rentrer à la maison. Pourquoi ce ras le bol à ce moment là? Alors qu’il y a eu des moments bien plus durs par le passé …

C’est un mystère.
Je voulais écrire ce billet depuis un moment, pour finir de mettre en mots ce mauvais passage, pour peut être faire écho à la douleur de mamans à bout elles aussi, pour dédramatiser tout ça. Parce que l’écrire, ça voulait dire que c’était fini. Pouvoir l’écrire au passé, comme on parlerait d’un mauvais souvenir.

Mais depuis quelques jours, je crois bien que le trou noir m’attire à nouveau. Je reconnais cette impatience, cette colère qui monte dans ma gorge à la moindre occasion, cette envie de tout plaquer et de partir loin, quand les choses ne vont pas comme je veux. Je reconnais cette honte quand Chouchou me regarde attéré devant les mots qui sortent de ma bouche devant les enfants.

Cette fois-ci, j’ai la chance de le voir arriver, et je vais prendre les devants.
Cette fois-ci j’ai la chance d’avoir trouvé une cause précise, et je vais prendre les devants.
Ce soir, pourtant, je me coucherais en me maudissant d’avoir crié sur les enfants, d’avoir manqué de patience et d’empathie, d’avoir fait supporter à mes hommes le poids de ce qui ne va pas chez moi. Parce qu’au fond, le problème ce n’est pas eux, ce n’est même pas ma vie, c’est moi.
Moi qui ne trouve ma place nulle part, finalement.
Ni dans ce boulot qui ne m’apporte pas ce que j’en attends, ni dans mes relations avec les autres qui me laissent bien souvent frustrée et blessée.
Mes enfants sont la seule chose parfaite de cette vie qui me sort par les yeux. Et c’est pourtant à eux que je fais payer mon mal être.
Ma relation – parfaitement imparfaite – avec Chouchou fait partie de ces petits miracles inespérés de la vie. Et pourtant, chaque soir, il doit supporter mes reproches et mes plaintes.

Alors, je ne sais pas encore comment je vais faire concrètement, mais ce qui est sûr c’est que cette fois-ci je vais  vraiment faire ce qu’il faut pour régler le problème. Ca prendra du temps, c’est certain, mais je vais y aller étape par étape.
Je vais me réapproprier cette vie, parce que j’en ai marre de cohabiter avec cette harpie ascendant mégère qui pourrit la vie de toute ma famille.

Et je pense qu’avoir écrit tout ça noir sur blanc y contribuera un peu.

Merci à vous de m’avoir lue.

J'ai cassé le filtre, c'est tout. Source : http://margauxmotin.typepad.fr/margaux_motin/

J’ai cassé le filtre, c’est tout.
Source : http://margauxmotin.typepad.fr/margaux_motin/